Propos sur le livre de Gutstein : "This Is Not a Conspiracy. How
Business Propaganda Hijacks Democracy."
La désinformation organisée
mardi 24 novembre 2009, parFrançoise Breault
http://www.pressegauche.org/spip.php?article4022
Plusieurs d’entre nous sont conscients qu’il existe dans notre société
un certain système de désinformation. Toutefois, il n’est pas toujours
facile de montrer noir sur blanc comment cela se produit. La
désinformation se fait subtile.
Dans son livre, This Is Not a Conspiracy, How Business Propaganda
Hijacks Democracy, Donald Gutstein, un Canadien, trace un portrait
détaillé de la façon dont se produit cette désinformation.
Au centre du système, un réseau de think tanks de droite et de riches
bailleurs de fonds. L’auteur met le doigt sur la collusion qui existe
entre les donateurs, les think tank bénéficiaires, leurs soi-disant
scientifiques, les médias corporatifs et même les leaders politiques,
notamment le parti Conservateur du Canada. Il décortique aussi les
dossiers traités par ces think tanks et leur complices, qui visent à
tromper les citoyens sur le réchauffement climatique, à préparer les
mentalités pour la privatisation de nos biens publics, comme notre
système de santé, l’éducation, Hydro-Québec, etc. M. Gutstein nous
démontre concrètement la manipulation qu’utilisent ces vampires pour
induire en erreur les citoyens afin de mieux les dépouiller au bout du
compte.
Même si au départ on est conscient de cette désinformation, on
reste estomaqué devant son ampleur et la sophistication du système mis
en place. En lisant ce livre, les cheveux nous dressent sur la tête.
Il y a également de quoi dresser, crayon en main, un grand tableau où
on verrait plusieurs noms qui se recoupent un peu partout. On y
apprend comment des éditorialistes de journaux importants, considérés
comme trop à gauche, ont perdu leur emploi pour être remplacés par des
gens venant directement des think tanks de droite.
C’est en prenant conscience de ce qui est tu dans les médias qu’une
personne réalise l’importance de la désinformation. Mais cette
lucidité implique le temps, l’énergie et les connaissances nécessaires
pour s’informer auprès de médias alternatifs, faire diverses lectures,
ce qui n’est pas souvent possible pour une grande partie de la
population. L’auteur parle des « missing news » et des « blind spots »
dans la presse canadienne. Il énumère quelques sujets dont on ne parle
jamais dans nos médias. En voici un exemple : dans nos médias
corporatifs, on vante à tour de bras les bienfaits du libre-échange,
que sans cela notre pays serait voué à la catastrophe, mais quand
parle-t-on des sondages qui montrent que la population ne partage pas
cet avis ?
L’émission Tout le monde en parle est bien populaire. Une émission
intitulée : Personne n’en parle où on aurait l’audace d’aborder les
vrais sujets, ceux dont on ne parle jamais, ceux qui sont galvaudés,
serait tout aussi populaire, sinon davantage tellement il y aurait
plein de choses « croustillantes » à se mettre sous la dent. Pensons à
l’intérêt suscité par la Commission Gomery.
Donald Gutstein estime qu’il est extrêmement difficile, pour une
grande partie de la population de prendre conscience de cette
désinformation tellement elle est subtile, tellement elle est
incrustée dans les médias, tellement elle est propagée par tous les
moyens et sur diverses plate-forme ; tellement elle est répétée de
diverses façons, par diverses personnes, sur toutes les tribunes. A
force de se faire répéter que le privé est plus efficace, que notre
système de santé coûte trop cher, que le recours au privé va faire
diminuer les listes d’attente, que privatiser l’Hydro serait une bonne
façon de payer la dette, que l’on doit encore et toujours baisser plus
les impôts, (sans dire que ce sont les nantis qui vont en bénéficier),
qu’on doit augmenter les tarifs, (sans dire que ce sont les plus
démunis qui vont écoper), que le gouvernement est plus un problème
qu’une solution, les gens finissent par y croire, sans se rendre
compte qu’ils sont dupés.
Pas étonnant donc, que les gens qui doivent prendre une grande partie
de leur temps et énergie à joindre les deux bouts, ne puissent être
conscients qu’ils sont manipulés à ce point et votent pour les
gouvernements qui, tant au fédéral qu’au provincial sont de connivence
avec ces vampires, et continuent de privatiser en douce nos richesses
collectives et nous appauvrissent davantage en rendant notre système
fiscal de plus en plus inéquitable. Et le pire de tout, c’est
qu’étant reconnu comme des organismes de charité, ces centaines de
millions de dollars qui financent ces think tank sont déductibles
d’impôt ! C’est donc avec notre argent, l’argent de nos impôts que ces
boîtes de désinformation se moquent de nous et viennent miner notre
système démocratique.
C’est le comble de la mesquinerie, de l’affront et de l’arrogance.
On dit que les citoyens sont de plus en plus cyniques face à la
politique. C’est qu’ils devinent confusément qu’on les trompe.
Toutefois s’ils savaient clairement par qui et comment ils sont
manipulés, leur supposé cynisme se transformerait rapidement en
révolte et en action concrète et c’est en grand nombre qu’ils iraient
voter, car ils auraient alors l’information nécessaire pour discerner
le parti qui a vraiment à coeur le mieux-être des citoyenNEs, la
réappropriation de nos biens collectifs et la sauvegarde de notre
habitat terrestre. N.B. Puisse ce livre être traduit et publié en
français le plus rapidement possible.