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Mexique : maiz santo ou Monsanto ?
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desinformationmensonge  
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 Meer opties 12 nov 2009, 14:33
Van: desinformationmensonge <desinformationmenso...@gmail.com>
Datum: Thu, 12 Nov 2009 14:33:46 +0100
Lokaal: do 12 nov 2009 14:33
Onderwerp: Mexique : maiz santo ou Monsanto ?

Source / auteur : Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en  
lutte
Mexique : maiz santo ou Monsanto ?
mis en ligne jeudi 12 novembre 2009 par jesusparis
http://www.hns-info.net/spip.php?article20299

Tandis que le blé, le riz et les autres céréales existaient déjà à  
l’état sauvage, et n’ont fait que bénéficier d’améliorations  
successives, la plupart des historiens de l’agriculture estiment que  
le maïs a été entièrement créé par l’homme, à partir d’une plante à la  
fois proche et fort éloignée : le téosinte. Les découvertes  
archéologiques les plus récentes concernent des épis de maïs (Zea  
mays) retrouvés dans les vallées centrales de l’Oaxaca, au Mexique,  
datés vers 7 000 ans avant notre ère. On peut aisément imaginer le  
patient et probablement passionnant "travail" de sélection mené par  
les hommes et les femmes [1] de cette région du monde, et qui a dû  
précéder cette apparition pendant des siècles, voire des millénaires.

Résultant de ce labeur et des soins apportés depuis à leur invention,  
plusieurs dizaines de races et des milliers de variétés locales,  
adaptées à des conditions extrêmement variées de sols et de climats,  
ont apporté aux communautés amérindiennes, du nord au sud, le  
renforcement de leur autosuffisance alimentaire. On ne saurait donc  
s’étonner d’entendre des indigènes dire aujourd’hui que sans le maïs,  
leur civilisation aurait depuis longtemps disparu.

Pourtant, loin de revendiquer un quelconque droit d’auteur sur la  
plante, les Indiens des Amériques ont fait exactement l’inverse, dans  
tous leurs mythes et légendes. Le Popol Vuh, livre sacré des Mayas  
Quiché, nous rapporte que les dieux, après avoir tenté de créer les  
premiers hommes avec de la glaise (rapidement dissoute sous les  
averses tropicales), puis avec du bois (beaucoup plus résistant, mais  
pas vraiment idéal sur le plan de la sensibilité ou de  
l’intelligence), ont fini par pétrir les ancêtres des Quiché dans une  
pâte faite de trois variétés de maïs. Les inventeurs du maïs se disent  
donc issus de celui-ci. Cette belle inversion laisse apparaître dans  
toute son ampleur la mesquinerie des entreprises agroalimentaires,  
tentant, elles, de déposer des brevets sur la vie.

Là où ils disposent de terres en quantité suffisante, les Indiens du  
Mexique (et d’ailleurs) continuent d’y vivre, et de démontrer leurs  
étonnantes capacités à cultiver pour nourrir convenablement leurs  
familles, les malades et les vieux des villages. La milpa, le champ de  
maïs, est au centre de la vie indígena. Il y pousse également, en  
étroite association, des haricots (qui profitent de la tige de la  
céréale et enrichissent le sol en azote), des calebasses (dont les  
larges feuilles rampantes retiennent l’évaporation de l’eau et  
ralentissent la croissance des herbes adventices), des tomates et des  
physalis, ainsi que tout une foule de plantes aromatiques.

Les préparations à base de maïs sont aussi variées que savoureuses et  
nutritives. Bouilli dans une eau additionnée de chaux (la  
nixtamalisation, celle-ci permettant d’améliorer la disponibilité des  
vitamines, notamment PP, et d’éliminer le risque de pellagre), écrasé  
ensuite sur une pierre ou moulu, il permet de fabriquer les célèbres  
tortillas, mais aussi le pozol (fermenté vingt-quatre heures dans une  
feuille de bananier, puis consommé dissous dans de l’eau), l’atole,  
les tamales... et les innombrables spécialités que possède l’art  
culinaire mexicain (tacos, enchiladas, chilaquiles, pozole, sopes,  
totopos, nachos, etc.).

Pour les Mayas, par exemple, le maïs possède une âme (ch’ulel). Des  
récits racontent aux enfants que, si l’on oublie de ramasser quelques  
épis de maïs et qu’on les abandonne dans un coin du champ, ceux-ci se  
mettent à pleurer, rappelant le paysan à son devoir. Dans les langues  
du Chiapas (tsotsil, tseltal) le verbe manger (ve’el, we’el)  
s’applique au maïs, le seul aliment capable de restaurer, de  
reconstituer l’individu. Pour la viande, les haricots, les fruits, on  
emploiera d’autres verbes. Car on est déjà dans une sorte de  
grignotage...

Mais pour nourrir les villes, ces monstres engendrés par la déraison  
d’un développement devenu incontrôlable, les belles histoires  
indiennes ne suffisent pas. Au contraire. D’autres mythes, ceux du  
progrès et d’une humanité tournée vers un futur radieux, urbain,  
technologique et soumis au "règne machinal", se font entendre bien  
plus fort. Ils exigent que l’on en finisse avec ces individus arriérés  
qui ne produisent quasiment rien pour le marché, occupent des terres  
que l’on verrait bien plus utiles à la production, disons, de  
biocarburants et refusent de devenir la main-d’œuvre compétitive et  
pas chère du tout dont les entreprises ont grand besoin, dans ce  
contexte de crise.

Jusque dans les années 1970-1980, le Mexique était autosuffisant en  
maïs (celui-ci constitue, on l’a vu, l’essentiel du bol alimentaire de  
la plus grande partie de la population). Des politiques  
gouvernementales désastreuses ont précarisé la situation des petits et  
moyens producteurs, qui fournissaient les villes. De hauts dirigeants  
[2] possèdent, il est vrai, des intérêts dans les trusts de  
l’agroalimentaire. En 1994, l’entrée du pays dans le TLC (traité de  
libre commerce, appelé également ALENA ou NAFTA), avec les USA et le  
Canada, a entraîné la suppression des barrières douanières avec ces  
pays, dont l’agriculture fortement subventionnée, mécanisée, s’appuie  
sur des arrosages intensifs, des intrants chimiques en quantité  
massive, des semences hybrides à haut rendement à l’hectare. Le TLC a  
précipité la crise des producteurs traditionnels, tandis qu’il a  
renforcé les secteurs de l’agro-industrie tournés vers l’exportation.  
La désertification des campagnes s’est accrue, augmentant au passage  
le poids de la dépendance des villes sur le plan alimentaire.  
Aujourd’hui, le Mexique doit importer le quart de sa consommation de  
maïs. On sait, par ailleurs, que les prix de la tortilla ont flambé,  
suite à la spéculation et la concurrence de la production de  
biocarburants. Pendant dix ans, un moratoire avait empêché la culture  
de maïs transgénique. Même si l’on avait déjà observé des cas de  
contamination (notamment dans l’État d’Oaxaca, berceau historique du  
maïs), le maïs OGM n’était jusqu’à ces derniers temps présent que dans  
la farine industrielle (la fameuse Maseca). La levée du moratoire,  
décrétée par le gouvernement de Felipe Calderón, suscite de  
vigoureuses réactions dans tout le pays. Les associations, les  
manifestations se multiplient. Une campagne (Sin maíz no hay país,  
Sans maïs pas de pays) a sillonné le Mexique. La chercheuse Silvia  
Ribeiro n’hésite pas à parler de maïcide [3]. Mais Monsanto, le "libre  
commerce" et tout un système économique et social reposant sur la  
diminution constante du nombre de paysans, sur l’urbanisation et  
l’aliénation massive de la population auront le dernier mot.

L’objectif, ne l’oublions pas, est bel et bien l’appropriation et  
l’exploitation par une poignée de multinationales de l’ensemble des  
semences utilisées sur la planète. Les OGM, au-delà des quelques  
dégâts collatéraux sur la microfaune et la flore, sur la biodiversité  
et, peut-être, sur la santé humaine, sont la voie royale pour y  
parvenir.

Sur le terrain, c’est-à-dire sur leurs terres et territoires, les  
seuls qui mèneront la résistance jusqu’au bout seront très  
probablement des paysans indigènes [4]. Que ce soit les zapatistes  
tsotsil, tseltal, ch’ol, tojolabal ou zoque de l’EZLN au Chiapas, des  
zapotecos ou des mixtecos de l’Oaxaca, des p’urépecha ou des nahuas au  
Michoacán, il s’agit pour ces hommes et ces femmes de défendre ce dont  
ils sont faits. Ou leur création, comme l’on préfère : le Santo Maíz.

Jean-Pierre Petit-Gras. (À partir d’un article de Silvia Ribeiro)

Notes
[1] Le rôle des femmes dans la sélection des semences, dans les  
sociétés traditionnelles, est bien connu. Au Mexique, cette tâche est  
toujours l’occasion de fêtes et de réjouissances.

[2] La famille de Salinas de Gortari, par exemple, est liée au trust  
Gruma (Maseca), qui contrôle la fabrication de farine de maïs et de  
tortillas industrielles.

[3] Silvia Ribeiro anime un groupe de recherche intitulé ETC. Lire en  
français : http://www.legrandsoir.info/Mexique...

[4] Au Chiapas, les zapatistes poursuivent la construction de leur  
autonomie, dans un contexte de guerre "de basse intensité" de plus en  
plus aigu. Ailleurs, dans l’Oaxaca, au Guerrero ou au Michoacán, le  
processus de récupération des terres et de l’autonomie rencontre lui  
aussi la répression, les assassinats et une militarisation croissante.


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